La France est un des rares
pays européens où la part de l'électricité provenant d'énergies nouvelles et renouvelables (ENR) a diminué entre 1990 et 2011. Notre pays se prive ainsi d'un gisement d'emplois, estimé pour 2030
à plus de 500.000 emplois, et d'un formidable filon de croissance et d'innovation.
On sait par ailleurs que l'efficacité
énergétique et le développement des ENR, ressources nationales, abondantes et inépuisables, représentent un réel atout pour réduire les importations d'énergies primaires (pétrole, gaz et
uranium). Celles-ci représentaient en 2012 la bagatelle de 69 milliards d'euros. Il faut donc créer de façon urgente les conditions d'un choc énergétique.
Le pays s'est lancé fin 2012 dans un débat
sur la transition énergétique, dont on peut regretter qu'il soit peu audible : organisation confuse, absence de pédagogie, débats territoriaux peu convaincants. C'est dans ces conditions que se
poursuit l'asphyxie de la filière photovoltaïque, qui a de graves conséquences sur l'emploi. Les « mesures d'urgence » n'empêchent pas la disparition d'une à trois PME chaque semaine, dans
l'indifférence générale. Ce constat est confirmé au plus haut sommet de l'Etat : « moins 15.000 emplois en deux ans », a reconnu François Hollande lors de la conférence environnementale le 14
septembre dernier. Pis, l'organisation du marché, de plus en plus étouffante, inquiète les quelques PME qui surnagent et désespèrent d'être entendues. L'objectif récemment revu mais étriqué
d'environ 900 MW/an interdit toute ambition industrielle nationale, pendant que des dispositifs réglementaires font vaciller les efforts et les financements. De plus, le maintien d'une procédure
d'appels d'offres inefficace et de plus en plus discriminatoire décourage le plus têtu des entrepreneurs, étranglé et dissuadé par la politique tarifaire.
Bien sûr, l'objectif peut sembler louable : limiter le dumping chinois. Mais on se trompe de cible. Le but doit être de produire
massivement des kW/h « verts » sur le territoire national, garants d'une plus grande indépendance, car il s'agit ici d'un des principaux enjeux de la transition énergétique.
Que pèsent en effet 200 à 300 millions d'euros de modules chinois importés face aux 69 milliards du déficit énergétique du pays ?
L'immense majorité des emplois de la filière proviennent d'abord de l'ingénierie des projets, de la fabrication des composants, de la construction, des logiciels, de la maintenance, tous non
délocalisables et à haute valeur ajoutée. Et puis, s'insurge-t-on que les éoliennes d'Areva ou d'Alstom soient fabriquées respectivement en Allemagne et en Espagne. S'émeut-on que les cuves des
réacteurs nucléaires EPR actuellement en construction soient fabriquées au Japon ?
Les objectifs 2020 sur lesquels la France s'est engagée vis-à-vis de l'Europe sont pourtant déjà hors de portée. On ne doit donc pas
attendre 2014-2015 pour voir s'appliquer les premières mesures du débat sur la transition énergétique. Si, pour le solaire par exemple, le moratoire de décembre 2010 a généré, par un simple
arrêté, la perte de 15.000 postes, un nouvel arrêté pourrait en recréer au moins 10.000 dans l'année. Au nom de quoi s'en priver, alors que la lutte contre le chômage est considérée par 80 % des
Français comme la « priorité des priorités ».
Il est temps de prendre rapidement de telles mesures et de fixer un objectif ambitieux et crédible de production d'énergie solaire (au
moins 25.000 MW). Avec de la volonté et du courage, un choc énergétique est à portée de main.
Un des deux réacteurs d'une centrale atomique actuellement stoppée à Tsuruga (ouest du Japon) est situé sur
une faille géologique active, a confirmé mercredi dans un rapport final un panel d'experts de l'autorité de régulation nucléaire nippone.
La
centrale nucléaire de Tsuruga dans la préfecture de Fukui, à l'ouest du Japon, le 1 décembre 2012
afp.com -
Une équipe de
géologues inspecte une ligne de faille proche de la centrale nucléaire de Tsuruga, dans l'ouest du Japon, le 1er décembre 2012
afp.com -
Un des deux réacteurs d'une centrale atomique actuellement stoppée à Tsuruga (ouest du Japon) est situé sur une
faille géologique active, a confirmé mercredi dans un rapport final un panel d'experts de l'autorité de régulation nucléaire nippone.
Hormis en cas de nouvelles données (peu probables) venant infirmer ce jugement, le réacteur ne devrait pas obtenir
l'assentiment de sûreté, ce qui interdirait son redémarrage. Le cas échéant, la compagnie Japan Atomic Power sera alors forcée d'étudier son démantèlement.
Les quatre experts mandatés par l'autorité ont procédé à des examens sous le site, études qui indiquent que les
derniers mouvements de la faille identifiée sont selon eux suffisamment proches pour considérer qu'elle est active.
A la suite de réunions avec lesdits experts, Shunichi Tanaka, président de l'organisme de régulation, avait déjà
laissé entendre en décembre que l'autorité aurait de facto du mal à garantir la sécurité du site.
En janvier pourtant, les conclusions du panel d'experts avaient été ajournées dans le but de prolonger les débats
sur ce point litigieux, la compagnie réfutant l'hypothèse d'une faille active.
Mercredi après-midi, une nouvelle réunion s'est tenue pour acter le fait que la faille devait être considérée
comme active. C'est la première fois que les examens en cours sur plusieurs sites nucléaires japonais débouchent sur un tel résultat.
Les conclusions des experts vont désormais être transmises aux décisionnaires de l'autorité qui émettra un
jugement définitif, a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'institution.
D'autres failles ?
A ce jour, seulement deux réacteurs sur un parc de 50 sont en service au Japon, les autres étant maintenus à
l'arrêt par mesure de précaution dans l'attente de nouvelles normes de sûreté en phase finale d'élaboration et qui devraient entrer en application en juillet.
Ces dispositions durcies font suite à l'accident nucléaire de Fukushima consécutif à un tsunami en mars
2011.
Aucun réacteur ne peut redémarrer sans le feu vert de la nouvelle autorité nucléaire créée en septembre
2012.
Des experts sont aussi consultés sur d'autres soupçons de failles actives ailleurs, dont une sous le complexe
d'Ohi (ou Oi) où deux des quatre tranches (3 et 4) sont actuellement en opération, ayant obtenu en juin dernier l'aval de l'Etat pour être relancées pendant 13 mois.
Ils ont par ailleurs fait part de l'existence probable d'une faille active à proximité de la centrale Higashidori
(nord), mais n'ont pas encore établi le rapport final, tandis que l'exploitant, Tohoku Electric Power, conteste les assertions des géologues choisis par l'autorité. Si leurs conclusions sont
confirmées, la compagnie pourrait être contrainte à de nouveaux travaux de sécurisation avant une éventuelle remise en exploitation.
Des enquêtes sont aussi prévues pour trois autres sites, dont le prototype de surrégénérateur de Monju, également
situé à Tsuruga.
Alors qu'environ 160.000 personnes ont dû fuir leur domicile après l'accident de Fukushima, la population nippone
souhaite en majorité que s'applique davantage le principe de précaution vis-à-vis des installations nucléaires toutes situées en bord de mer et en zone sismique.
L'annonce par François Hollande de la date de fermeture de
Fessenheimpouvait déjà créer quelques inquiétudes. En effet, décembre 2016, soit en pleine période de
campagne présidentielle pour 2017, comporte un risque évident de report sans compter le fait qu'un président nucléocrate à 100% pourrait 5 mois plus tard remettre en cause cette décision de façon
très simple sur le plan juridique comme sur le plan pratique.
Mais il y a pire. La décision stupide- car il n'y a pas
d'autre mot pour la qualifier- de Delphine Batho, qui soit n'a pas compris l'enjeu, soit a choisi le lobby nucléaire contre le choix présidentiel, de décider de fermer Fessenheim par le fait du
Prince et non pour des raisons de sureté va rendre, en tous cas en droit, sans doute impossible la fermeture en décembre 2016. Et EDF comme l'ASN -qui ont probablement téléguidé ce choix - le
savent pertinemment et agissent comme s'ils étaient convaincus que Fessenheim ne fermera pas. D'où un vrai problème démocratique.
Pourquoi ce choix est-il absurde ? La position du ministère de l'écologie consiste à s'opposer à la fermeture de la
centrale de Fessenheim demandée devant la juridiction administrative au motif que la fermeture doit se faire en raison d'un choix de politique énergétique et non pour des raisons liées aux
risques.
L'absurdité de cette thèse est à trois
niveaux :
Elle est contraire à la réalité. car on ne peut nier la vétusté de la centrale dotée d'une seule enceinte de
confinement, qui multiplie les incidents, qui n'a pas de tour de refroidissement, qui est la seule en France à n'avoir pas d'autorisations de rejets chimiques dans les eaux. On ne peut nier
surtout le cumul de risque séisme (sous-évalué) et inondation.
Cette thèse fait courir un risque financier immense à notre pays. En effet, non seulement le coût d'un accident
nucléaire pour la France est hors de prix mais de surcroît, la France accepte, en toute connaissance de cause, de faire courir un risque énorme aux populations, à 150m de la frontière allemande
et à 30km de Bâle. Dès lors, il pourrait y avoir faute avec ses conséquences au regard du plafond des conventions internationales.
Enfin, il expose volontairement l'Etat à devoir payer une indemnité à EDF puisque la fermeture n'est pas la
conséquence d'un risque trop important mais d'un choix politique d'opportunité.
Comment expliquer que l'Etat marque contre son camp. Tout simplement, parce que le politique n'est pas en capacité
d'imposer son choix à la superstructure et que pour couvrir la responsabilité passée d'EDF et de l'ASN, malgré les mises en garde de l'IRSN, et maintenir le symbole que constitue Fessenheim, le
gouvernement a décidé de s'opposer à la décision politique.
La stratégie a été simple :
la première étape a consisté à disjoindre la question de la fermeture de celle de la sécurité. D'où le paradoxe qu'un
gouvernement qui a décidé de fermer une centrale conclut au rejet de la demande de fermeture de la même centrale...
La seconde étape vise à pérenniser la centrale, techniquement et juridiquement. En faisant des travaux importants
(sans doute plus de 100M d'euros) et en régularisant ou essayant de régulariser une situation administrative illégale depuis 20 ans, qui devrait donner lieu à enquête publique en 2014. On
comprend mieux que M. Rol-Tanguy, délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim, se soit vu refusé l'entrée dans la centrale, sans
que personne ne semble s'émouvoir de ce refus caractérisé d'une entreprise publique d'obéir à l'Etat, actionnaire de surcroit à 80%.
La troisième étape est déjà écrite : celle de l'échec programmé de la décision politique. Si la politique
énergétique conduit à réduire la part du nucléaire en fermant des centrales, encore faudra t-il définir les critères à retenir pour y procéder. Or, la loi ne pourra pas choisir Fessenheim plus
qu'une autre centrale puisque si l'on en croit le gouvernement, cette centrale ne présente aucun risque particulier. La loi devra donc fixer des règles du jeu dont l'ancienneté, les risques, la
présence dans une zone dense pourront être les paramètres. Ensuite, il faudra déterminer par quelle centrale commencer. Ce n'est qu'en 2015 que pourrait peut-être débuter une procédure avec le
dépôt d'un dossier de demande de fermeture que EDF tardera à déposer si il y consent. De toute façon, M. Chevet, président de l'ASN a déclaré que l'instruction d 'un dossier de fermeture
demandait 5 ans !
Ce qui est grave dans cette affaire, c'est non seulement que la France prend, en toute connaissance de cause, un
risque majeur en termes de sécurité et en terme financier (rappelons que l'IRSN évalue à 5000 Mds d'euros un accident majeur) pour ses ressortissants mais aussi pour ses voisins. Mais c'est aussi
que notre système démocratique accepte d'être bafoué par le lobby nucléaire qui, refusant d'appliquer une décision prise par le président de la République, est en passe de gagner en jouant la
montre et en ayant obtenu de la ministre une position absurde dont elle n'a apparemment pas mesuré les conséquences. Le sujet est donc devenu celui du poids du politique face au lobby très
particulier qui est celui du nucléaire.
Jeudi 28 mars matin à l’aube, des activistes ont projeté un immense message sur la centrale nucléaire de Fessenheim (Alsace). Le message ? “Pourquoi seulement
moi ?“.
Dans la deuxième partie de la nuit du 29 au 30 mars, les militants de Greenpeace ont massivement renommé « Fessenheim »les localités autour des quatre centrales nucléaires à fermer en priorité
: Gravelines, Bugey, Tricastin et Blayais. Les panneaux de signalisation de dizaines de villages ou de villes autour de ces centrales ont été recouverts par des panneaux de signalisation
“Fessenheim”.
L’âge, l’inondation, le séisme, mais aussi les problèmes de sûreté sur les cuves, radiers, enceintes de confinement, la puissance, le combustible utilisé…le risque industriel (risques
d’explosion, sites Seveso), le risque de chute d’avion, le bassin de population, les villes importantes et frontières à proximité…les vents dominants et l’éventuelle contamination…les impacts
socio-économiques potentiels sur l’agriculture, la viticulture, le tourisme ou l’industrie…tous ces critères ont été examinés pour en arriver à déterminer les centrales à fermer en priorité.
Les fiches d’identité de chacune des centrales (cliquez sur les images pour avoir accès à la fiche au format pdf)
NUCLÉAIRE - Une grande part des difficultés économiques que rencontrent notre pays
vient du secteur nucléaire, qu'il s'agisse de notre balance commerciale ou de notre développement industriel ou encore des coûts
et de la précarité énergétique.
Les exportations moins stimulées, le pétrole toujours
présent
Sur le plan de notre balance commerciale, si le secteur nucléaire a durant un temps dopé nos exportations, il n'en n'est
plus ainsi depuis longtemps et nous consommons toujours autant de pétrole. Aucun EPR n'est vendu et ne risque de l'être compte tenu de l'enlisement des
chantiers finlandais et français. Échecs successifs à Abu Dhabi, aux Emirats arabes Unis, aux Etats Unis et en Tchéquie. Quant aux partenariats avec la Chine,
à la condition qu'ils ne nous dépossèdent pas de notre patrimoine immatériel (brevets), quelles seraient les retombées pour notre commerce extérieur?
Sur le plan industriel, la situation est encore plus
grave
L'industrie nucléaire est arrivée à tuer dans l'œuf tout développement massif des ENr, empêchant toute filière nationale puissante de voir le jour. Non seulement la France sera dans
l'impossibilité de respecter son objectif de 23% d'ENR en 2020, s'exposant à des
sanctions financières, mais encore, elle perd chaque jour un peu plus la possibilité de créer et développer ses entreprises dans les ENr.
12.000 emplois ont été volontairement sacrifiés par le gouvernement Sarkozy et les efforts actuels sont dérisoires et
n'ont en aucune manière l'ambition de rattraper le temps perdu. Or, c'est en libérant ce secteur et en encourageant les particuliers et les entreprises à se doter d'ENr que les industriels
pourraient voir leur marché croître... sauf qu'il n'en n'est pas question. Les ENr sont condamnées à rester anecdotiques en France parce que le choix nucléaire exclut toute autre solution.
Les investissements en RD se font toujours massivement dans le nucléaire (ITER, ASTRID) et non dans les technologies indispensables que sont le
stockage de l'énergie, le développement des éoliennes d'une nouvelle génération, ou les progrès dans le solaire. Quant à des choix simples comme la généralisation de la méthanisation dans
l'agriculture, l'interdiction du chauffage électrique et l'obligation de doter toute construction nouvelle d'un chauffage à base d'ENr, ils sont bannis. Ce serait pourtant des solutions simples
et économiques.
Les mêmes constats peuvent être formulés à propos de la réduction de la consommation énergétique qui n'est nullement
encouragée, le comble étant les compteurs Linky, payés en définitive par l'usager mais qui serviront principalement EDF et non le consommateur.
Les situations financières d'EDF et d'Areva sont plus que
préoccupantes
EDF vient
d'exiger 5 Mds d'euros de l'Etat, qui bien évidemment manqueront ailleurs. L'EPR est en passe de devenir un gouffre financier. Flamanville, qui tangente désormais les 9 mds d'euros, est
déserté par le partenaire d'EDF, ENEL contraint de surcroît à lui rembourser la bagatelle de 610 M d'euros. Et qui va assumer la différence entre le prix de revient et le coût de l'EPR construit
par Areva en Finlande (9Mds) et des 2 EPR construits en Chine a moitié prix.
Le projet anglais -avec un prix de rachat minimum de 10 cts d'euros qui n'est pas encore accepté par le gouvernement
britannique- risque de se transformer en Trafalgar.
En effet, non seulement le partenaire d'EDF, Centrica, s'est retiré en raison de la hausse des coûts et des retards
accumulés, mais encore le projet d'enfouissement des déchets radioactifs dans le comté de Cumbrie patine alors que dans la législation britannique, la solution pour les déchets est un préalable à
la délivrance de l'autorisation de construction d'un réacteur. EDF va investir 9Mds en Grande Bretagne pour réaliser ces EPR. Que se passe-t-il en cas d'échec et combien l'usager et/ou le
contribuable vont-ils devoir payer?
Le coût exorbitant du nucléaire va plomber durablement le
prix de l'énergie
En effet, le prix de l'électricité va monter sauf que cette hausse va désormais être très largement le fait du nucléaire
qui sera plus cher que l'éolien terrestre -les courbes sont en passe de se croiser en Allemagne- et sans doute le solaire va suivre (le prix du nucléaire augmente quand le prix des ENr baisse). Et
ce coût va devenir insupportable pour de nombreuses raisons.
Tout d'abord, la dizaine de milliards dépensée par EDF pour sa politique d'acquisition internationale s'est faite au
détriment des citoyens français puisqu'il n'y a quasiment pas eu d'investissements durant 15 ans ni dans les centrales ni dans les réseaux, comme le souligne la Cour des Comptes dans son dernier
rapport. C'est l'usager qui va devoir payer pour cette stratégie calamiteuse qui a conduit en 2012 à une baisse importante de production, qui a coûté plusieurs centaines de millions
d'euros.
En second lieu, les problèmes de sécurité dans les centrales deviennent préoccupants, ce qui a deux catégories de
conséquences. D'une part, un besoin d'investissement énorme, probablement de l'ordre de 7 à 10Mds qu'il va falloir payer pour une situation qui ne donnera pas toute garantie de sécurité. D'autre
part, la prise en considération croissante d'un risque d'accident, ce qui pose la question de l'assurance.
Jusqu'à présent, EDF a obtenu de retarder l'obligation qui lui était faite de monter l'assurance de la somme ridicule de
6 M à celle de 700 M. L'exploitant va enfin devoir régulariser cette situation. Mais cette somme est sans aucune relation, pas plus que celle du plafond global actuel de 1,5MDS d'euros pour un
accident nucléaire évalué par l'IRSN à 400 MDS d'euros. D'où l'idée de supprimer dans les contrats de RC la clause d'exclusion d'accident nucléaire, ce qui revient à obliger les citoyens à
s'assurer et donc à payer pour se couvrir. Sauf que la prime risque d'être colossale ou la couverture minimale!
Enfin, le fait que beaucoup de nos concitoyens n'aient d'autre choix que le chauffage électrique, beaucoup plus cher,
les rend otages d'EDF. Et le pire est que cela continue puisque le chauffage électrique continue à être encouragé alors qu'il devrait être interdit.
Dès lors, bien loin de la propagande officielle d'une énergie nucléaire bon marché et moteur de l'économie française,
elle devient un handicap pour notre développement économique et un gouffre financier pour nos concitoyens usagers et contribuables.
Les retombées de la catastrophe nucléaire de Fukushima sont encore en cours, pour des
centaines de milliers de victimes au Japon, à qui une indemnisation juste, équitable, équilibrée est toujours refusée.
Au Japon, aujourd’hui confronté à la réalité d’un accident nucléaire grave, le système permet à
l’industrie nucléaire de se soustraire à ses responsabilités, laissant l’argent public compenser son désastre.
Un rapport de Greenpeace International, détaille comment les graves lacunes de la réglementation nucléaire mondiale laissent aux
institutions et aux contribuables la responsabilités de payer les coûts d’un accident nucléaire.
Ni les exploitants de centrales nucléaires, ni les fournisseurs d’équipements clés, ne sont concernés par les coûts engendrés … par eux !
Les
conséquences de ce système injuste, qui a laissé des centaines de milliers de victimes japonaises sans compensation adéquate, pourrait être répliqué partout dans le monde, car l’industrie
nucléaire n’est pas tenue responsable de ses échecs.
Entre autres problèmes, les
conventions élaborées pour les activités nucléaires limitent le montant des indemnisations qui seront versées aux victimes entre 350 et 1,5 milliards d’euros. Ces conventions n’exigent pas que
les fournisseurs des industriels du nucléaire soient inclus dans le processus de responsabilité et d’indemnisation.
Dans le cadre du système actuel de responsabilité, TEPCO, est aujourd’hui seul tenu pour responsable et doit donc payer alors
qu’il n’était pas assuré pour de tels montants. Ses fournisseurs GE, Hitachi et Toshiba – qui a fourni des réacteurs basés sur une conception erronée – ne sont pas tenus de payer quoi que ce soit
à titre de réparation.
Ce sont les contribuables
japonais, y compris les personnes évacuées, qui finiront par payer la majeure partie des coûts de la catastrophe.
L’impact économique d’un accident dépend en effet largement du lieu d’implantation de la centrale (densité de
population, économie locale…) et des conditions météorologiques.
L’IRSN est la seconde institution française à se pencher sur les coûts des accidents nucléaires.
Dès 2012, la Cour des comptes s’est ouvertement posée une question rarement évoquée dans les milieux officiels, dans
son rapport sur les
coûts de la filière nucléaire remis en janvier : qui indemniserait les éventuelles victimes, réparerait les éventuels dommages et pour quels montants?
Et la Cour des Comptes fait ce constat : le système d’assurance mis sur pied pour les risques liés au nucléaire civil
est très insuffisant et repose essentiellement sur l’État. Et non sur l’exploitant qui, du coup, voit ses coûts d’assurance indûment minimisés.
Dans le monde,”la couverture du risque de responsabilité civile nucléaire est essentiellement fournie par le biais
de pools d’assurance et de réassurance “, indiquait la Cour des comptes dans son rapport sur les coûts de la filière électronucléaire. Pour l’instant, EDF assure ses réacteurs hexagonaux
auprès d’Allianz et d’Elini, une mutuelle spécialisée dans les risques nucléaires, qui eux-mêmes se réassurent auprès d’Océane Ré, une société de réassurance contrôlée par EDF. Le serpent se mord
la queue.
Actuellement, le montant maximum de la responsabilité de l’exploitant est de “91, 5 millions d’euros par accident
survenant sur une installation nucléaire “. Il est “limité à 22, 9 millions lorsque l’accident concerne une installation à risque réduit ou le transport de substance nucléaire“.
Au-delà de cette somme, la charge financière incombe à l’État pour un montant maximum de 345 millions d’euros.
Pour la Cour des comptes, les règles actuelles ne permettent pas “de couvrir les dommages d’un accident, même
d’ampleur limitée “.
Le système doit intégrer TOUS les coûts !
Si l’on intègre les conséquences économiques d’un accident nucléaire au coût du MWH, l’électricité nucléaire perd
immédiatement son image d’énergie bon marché. C’est en intégrant tous ces coûts que l’on se rendra compte que cette technologie représente un fardeau que notre société n’a plus le luxe de se
payer.
C’est également au niveau réglementaire, sur son système d’assurance que la France doit agir: d’une part en étendant
la responsabilité des exploitants aux fournisseurs du nucléaire et d’autre part, en mettant en place un régime de responsabilité illimitée comme en Suède et en Allemagne.
Dénonçant un double discours du gouvernement, plusieurs ONG de protection de
l'environnement interpellent Jean-Marc Ayrault, lui demandant de clarifier sa politique dans le cadre du débat national sur la transition énergétique.
«Monsieur le Premier Ministre,
Le Président de la République a présenté à maintes reprises la transition énergétique comme une
priorité de la nouvelle mandature. Le 14 septembre, à l’ouverture de la conférence environnementale, il déclarait ainsi :
«La France, et j’en prends ici l’engagement, se mobilisera dans la transition énergétique.
Voilà le cap, la transition. Cette stratégie, elle est fondée sur deux principes: l’efficacité énergétique d’une part, et la priorité donnée aux énergies renouvelables d’autre part.»
Cette voie de la transition énergétique est défendue depuis toujours par nos associations.
Cependant, votre gouvernement a pris depuis un certain nombre de décisions qui vont en sens inverse et creusent l’écart entre l’ambition affichée et la réalité.
Pour ne citer que quelques exemples :
Le Président de la République s’est engagé à réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la
production d’électricité d’ici à 2025. Vous avez vous-même exprimé la nécessité de rompre avec le tout nucléaire, le jugeant «antinomique avec cette société de la sobriété que nous
voulons promouvoir».
- Dès lors, comment justifier que la première action de la Banque publique d’investissement,
soutenue à hauteur de 50 millions d’euros par l’Etat, consiste à soutenir la filière du nucléaire? La BPI n’a-t-elle pas été désignée par le Président de la République comme «la Banque de la
transition écologique»?
- Par ailleurs, si la France souhaite réduire la part du nucléaire, pourquoi continue-t-elle à
l’étranger de promouvoir cette filière comme «une filière d’avenir», par la voix du Président de la République, de la ministre au Commerce extérieur et du ministre du Redressement
productif ? La volonté de l’Etat d’engager la transition énergétique s’arrête-t-elle aux frontières du pays?
Alors que la transition énergétique suppose de sortir de notre dépendance aux énergies
fossiles, votre ministre du Redressement productif a dernièrement laissé entendre que la France allait se lancer dans l’exploitation du gaz de houille en Lorraine. La recherche d’un nouvel
eldorado fossile n’est-elle pas incompatible avec la nécessité d’engager la transition énergétique ? Nos associations vous rappellent que l’Agence internationale de l’énergie préconise de
laisser près d’un tiers des réserves prouvées de fossiles dans le sol d’ici à 2050 afin de limiter le réchauffement de la planète en deçà du seuil dangereux de 2°C. Il n’est nullement question
ici de technique de fracturation hydraulique mais de l’enjeu global de lutte contre le dérèglement climatique qui nous interdit d’exploiter les énergies fossiles non
conventionnelles.
Alors que le secteur des transports dépend pour près de 100% du pétrole et alourdit d’année en
année notre facture énergétique, plusieurs décisions sont intervenues pour privilégier le transport routier et aérien au détriment des autres modes de transports moins polluants.
Devons-nous en déduire que les transports sont exclus du périmètre de la transition énergétique ?
Monsieur le Premier ministre, vous l’aurez noté, le message que nous vous adressons aujourd’hui
est ponctué d’interrogations légitimes face à une politique qui a largement dévié du cap annoncé lors de la conférence environnementale. Nous attendons dès lors que vous clarifiez au plus vite la
politique de votre gouvernement en matière de transition énergétique et nous souhaiterions, à ce sujet, être reçus par vous dans les plus brefs délais.
Un cap a été fixé, encore faut-il s’y tenir…
Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre plus haute
considération.»
Christophe Aubel (Humanité et biodiversité)
Marie Atinault (Effet de Serre toi-même !)
Geneviève Azam (Attac)
Anne Barre (WECF)
Jacques Beall (Surfrider)
Madeleine Charru (CLER)
Hélène Connor (HELIO International)
Bruno Genty (France Nature Environnement)
Jean-François Julliard (Greenpeace)
Martine Laplante (Les Amis de la Terre)
Franck Laval (Ecologie sans frontière)
Stephen Kerckhove (Agir Pour l'environnement)
François Mativet (Réseau Sortir du Nucléaire)
Cécile Ostria (Fondation Nicolas Hulot)
Pierre Perbos (Réseau Action Climat)
Le
gouvernement annonce la création d'un fond de soutien à la filière nucléaire abondé par les contributions financières d'Areva, EDF et pour un tiers par le fond d'investissement stratégique. Ce fond
« nucléaire » est censé aider les PME du secteur à se moderniser et exporter le « savoir-faire » français à l'étranger !!!
Cette aide d'Etat à l'industrie nucléaire est inacceptable à l'heure où le gouvernement engage un débat national sur la
transition énergétique censée mettre un terme à la prééminence du nucléaire dans le mix énergétique hexagonale. A l'heure où les deniers publics se font rares, cet engagement de l'Etat en soutien à
l'industrie nucléaire relève de la plus parfaite duplicité. Partant du principe selon lequel « on ne prête qu'aux riches », le gouvernement s'apprête à apporter un soutien financier à un secteur
qui gaspille plus de 8,8 milliards d'euros pour la construction d'un réacteur EPR inutile, dangereux et coûteux ! Parallèlement à ces largesses maintes fois répétées d'un Etat pourtant sans le sou,
l'industrie des renouvelables poursuit sa traversé du désert.
Alors que la troisième session du débat national sur la transition s'est une nouvelle fois appliquée à débattre de la
forme que pourrait prendre un éventuel débat en évitant soigneusement d'aborder le fond des mesures à adopter, le gouvernement multiplie les décisions qui entachent la crédibilité même de ce
processus « démocratique ».
Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'Environnement et membre du conseil national du débat sur la transition
énergétique s'étonne que la ministre puisse assister cinq heures durant à la dernière session du débat sans même évoquer la création de ce fond « nucléaire ». Le débat sur la transition énergétique
sera-t-il le seul lieu en France où l'on ne parle pas d'énergie ?
Pour l'association, « alors que l'industrie nucléaire va une nouvelle fois toucher les subsides de l’Etat, les débat sur
la transition énergétique touchera, qu'en à lui, le fond ! »
Pour Agir pour l'Environnement, si la ministre cherchait à décrédibiliser le débat sur la transition énergétique, elle
ne s'y prendrait pas autrement. L'association souhaite être reçue par la ministre dans les plus brefs délais.
Télécharger ce communiqué de presse en version PDF.
Le patron d'EDF menacé de poursuites
pénales pour "travail dissimulé" dans les centrales nucléaires.
Le Canard Enchaîné - 13/02/13
Avec d'abord l'histoire ordinaire d'un travailleur du nucléaire...
On va l'appeler Eric. Son histoire est racontée par le Canard Enchaîné. Deux jours après avoir appris qu'il était
atteint d'un lymphome, une forme de cancer, il est licencié par son employeur, un sous-traitant d'EDF, qui l'envoyait travailler dans les réacteurs nucléaires un peu partout en France, au gré des
contrats.
Eric a un défaut : il est consciencieux. A force d'attirer l'attention sur des dysfonctionnements et des défauts de
maintenance qui lui semblent inquiétants sur les sites nucléaires, au lieu d'être écouté, il est viré.
Il a un cancer, mais pas de chance, son ex-employeur a "perdu" - perdu entre-guillemets - son dosimètre, cet appareil
qui mesure tout au long de sa carrière la somme des radiations subies par un ouvrier du nucléaire. C'est vraiment malheureux, et ce n'est pas si rare selon le Canard, malheureux, car faute de
dosimètre, impossible d'évaluer exactement la prise de risque du salarié, et le lien éventuel avec son cancer.
Une histoire ordinaire, elle illustre une situation qui irait bien au-delà du cas de cet ouvrier du nucléaire...
"Proglio accusé d'être un patron voyou" titre le Canard Enchaîné. Explication : le 24 janvier, Henri Proglio, le PDG
d'EDF, reçoit un courrier de l'ASN. Dans ce courrier, l'Autorité de sûreté nucléaire menace l'électricien en chef de poursuites pénales pour sa gestion du personnel dans les centrales nucléaires.
Il est accusé dans cette lettre de "prêt de main d'oeuvre à but lucratif" et de "travail dissimulé". Comme n'importe quel margoulin du BTP souligne encore le Canard.
Officiellement, EDF parle de "sous-traitance". Courrier de l'ASN à l'appui, le Canard traduit en langage courant :
"combine". Une combine simple : des entreprises complaisantes mettent à disposition d'EDF leurs personnels, employés par EDF sans le statut maison. Adieu les bons salaires, l'ancienneté,
les primes et les avantages variés.
Le Canard précise encore que dans ses bilans financiers, EDF classe ce personnel sous la rubrique "Fourniture", au
même titre qu'une vulgaire prise électrique.
Des fournitures au bord de la crise de nerfs : face aux cadences et au stress du travail en milieu nucléaire, le
risque d'épuisement psychologique guette dans les centrales toujours selon le Canard. D'ailleurs le comité d'hygiène et de sécurité a tiré le signal d'alarme tout récemment en déposant un "droit
d'alerte pour danger grave et imminent".
De son côté, l'Autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de mettre de l'ordre dans ses centrales en
"ré-internalisant" des missions confiées à de faux sous-traitants.
La justice aura de toute façon son mot à dire : l'ASN a transmis ses procès-verbaux aux procureurs de Cherbourg,
Dieppe et Rouen. En théorie, pour manquements au droit du travail, EDF risque 250 000 euros d'amende et son PDG 3 ans de prison. En théorie...
Depuis plusieurs années, l’IRSN conduit des travaux sur le coût économique des accidents nucléaires entraînant des rejets radioactifs dans
l’environnement.
Le récent rapport de la Cour des Comptes relatif aux coûts de la
filière nucléaire[1] fait mention de ces travaux, qui ont fait l’objet de présentations
synthétiques au forum Eurosafe à Bruxelles en novembre 2012. La présente note vise à présenter quelques résultats de ces études, et à en faire une brève analyse.
Aux Etats-Unis, l’évaluation du rapport bénéfice/coût des mesures fait partie de la culture de l’administration.
Dans le domaine nucléaire, cette approche nécessite d’évaluer notamment le coût d’un accident, ainsi que de retenir une hypothèse sur sa probabilité d’occurrence. Les premières estimations
mondiales de coût d’accident ont été publiées aux USA en 1990 [2] dans le sillage de l’accident majeur de
Tchernobyl et représentaient un saut qualitatif dans la compréhension des accidents nucléaires. Utilisant par ailleurs les estimations de probabilité d’accident issues des études probabilistes
de sûreté, les Etats-Unis se sont forgé progressivement une doctrine en matière d’analyse coûts-bénéfices, qui continue d’évoluer au fur et à mesure de l’acquisition de nouvelles
connaissances.
En France, c’est en 2005 que l’ASN a demandé à l’IRSN d’analyser la pertinence d’une telle démarche, à la suite de
l’intérêt manifesté par EDF à évaluer et hiérarchiser par une approche coût/bénéfice les nouvelles mesures destinées à renforcer la sûreté envisagées dans le cadre du processus de réexamen
décennal de la sûreté des réacteurs du parc électronucléaire.
A la suite de ces travaux d’expertise, l’IRSN a entrepris de réaliser ses propres recherches sur le coût de
l’accident. En cette matière, il est important qu’aucun élément notable de coût ne soit laissé de côté. En effet, l’oubli d’un de ces éléments importants pourrait conduire à fausser le
raisonnement permettant de hiérarchiser entre elles des propositions de mesures de prévention, voire à amoindrir dans l’esprit des décideurs la valeur de la prévention.
En quelques années, l’IRSN a ainsi construit les bases d’une approche économique des enjeux de sûreté nucléaire
adaptée aux caractéristiques particulières de la France. Les résultats obtenus ont donné lieu à des échanges avec les experts américains du sujet, confirmant la qualité des travaux de
l’Institut, malgré des différences importantes liées notamment à l’histoire réglementaire aux Etats-Unis.
L’approche adoptée notamment aux Etats-Unis évalue les coûts radiologiques « hors site », c'est-à-dire le
coût des conséquences radiologiques directes et des mesures prises pour les réduire, essentiellement les interdictions alimentaires [3]. Outre ces éléments, l’IRSN juge nécessaire de
retenir quatre autres grandes catégories de coûts, à savoir :
les coûts « sur site », liés notamment à la perte du (ou des) réacteur(s), aux frais de décontamination du site,
etc. ;
les coûts d’image, c'est-à-dire les pertes économiques à prévoir sur la non-vente de denrées ou autres biens de
consommation parfaitement sains, du fait d’un boycott par les distributeurs ou les consommateurs (syndrome du concombre espagnol), les effets négatifs majeurs sur le tourisme, domaine
particulièrement important pour la France et la réduction d’autres exportations ;
le coût des effets collatéraux sur le parc électronucléaire national qui pourrait voir sa production réduite en
raison des remises en question et des exigences nouvelles exprimées par les différents acteurs de la société (politique, autorités, pression internationale…) (cf. situation actuelle au Japon)
;
les coûts liés aux modifications des conditions de vie et des facteurs socio-économiques dans les territoires
contaminés, qui peuvent être fortes (zones d’exclusion) ou plus modérées (zones contaminées habitées sous condition de surveillance ou de restriction).
Pour construire ses évaluations, l’IRSN a estimé les conséquences de plusieurs types de scénarios d’accident sur un
réacteur typique du parc français (900 MWe), entraînant des contaminations radiologiques plus ou moins graves. Ces scénarios ont été appliqués à plusieurs sites nucléaires français, en tenant
compte de leur environnement géographique et économique, ainsi que des conditions météorologiques vraisemblables, ces dernières jouant un rôle majeur sur l’étendue des conséquences
environnementales, comme l’accident de Fukushima l’a montré. Les études ainsi menées permettent d’estimer des valeurs du coût d’un accident – représentatives d’une gamme étendue d’accidents
nucléaires majeurs avec rejets radioactifs.
Si tout accident nucléaire présente, quelles que soient les conséquences, des dimensions historique et symbolique
d’autant plus notables qu’il fait l’objet d’une forte médiatisation, les études de l’IRSN confirment qu’il est nécessaire de différencier deux grandes familles d’accidents nucléaires, toutes
deux impliquant la fusion du coeur d’un réacteur français de production d’électricité, mais dont les conséquences sont d’une ampleur très différente. Par convention de langage, l’accident dit
« grave » comporte des rejets radioactifs importants, mais différés et partiellement filtrés, permettant donc la mise en oeuvre efficace de mesures de protection des populations
concernées, alors que l’accident dit « majeur » provoque des rejets massifs précoces et non filtrés.
Selon les évaluations réalisées par l’IRSN, un accident grave
représentatif engendrerait un coût global de quelque 120 milliards d'euros (avec une fourchette entre 50 et 240 milliards d'euros). Ces pertes représentent de l’ordre de 6 %
du PIB français annuel. Ces chiffres sont très supérieurs à ceux relatifs aux coûts d’accidents industriels majeurs comme celui du naufrage de l’Erica (1980), de l’explosion de l’usine AZF
(2001), ou de l’incendie de la plateforme de forage BP dans le golfe du Mexique (2011).
Pour ce type d’accident, les coûts purement « radiologiques » représenteraient moins de 20 % du total
(coûts radiologiques hors-site, y compris la gestion des territoires contaminés). Le nombre de « réfugiés radiologiques » (personnes éloignées des territoires les plus contaminés) pourrait être
de l’ordre de quelques milliers de personnes[4], une situation qu’un pays comme la France pourrait
surmonter par un effort de solidarité. Le caractère différé des rejets par rapport aux évènements initiateurs de l’accident permettrait la mise en place de mesures de protection des populations
et des travailleurs sur le site. L’impact environnemental des rejets pourrait être important, mais les conséquences sanitaires pourraient être restreintes en comparaison. Cependant, l’impact
sur l’opinion publique serait élevé, nécessitant une capacité d’excellence en termes de communication publique et de gestion, sur une longue période, de l’ensemble des moyens publics
mobilisés.
Par comparaison, un accident majeur provoquerait une catastrophe de
nettement plus grande ampleur. Les coûts liés aux seules conséquences radiologiques pourraient s’élever à plus de 160 milliards d’euros, soit plus que le coût total d’un accident
grave du type évoqué précédemment. L’ampleur de la contamination aurait pour conséquence de devoir prendre en charge un nombre de « réfugiés radiologiques » c’est-à-dire la population des
zones d’exclusion qui aurait besoin d’être relogée définitivement qui pourrait être de l’ordre de de 100 000 personnes [5].
Contrairement au cas précédent, les conséquences sanitaires pour la population directement imputables à l’exposition
aux rayonnements ionisants pourraient être importantes et clairement identifiables au plan épidémiologique, en fonction des circonstances de l’accident. Les quantités de produits agricoles
devant être éliminées seraient considérables. La gestion des territoires contaminés et des zones d’exclusion resterait un défi permanent durant de nombreuses années, et des pays voisins
pourraient être également affectés par la contamination et par des soupçons sur leurs produits.
Compte tenu de l’ampleur de ces conséquences radiologiques et de leur incidence forte sur un grand nombre de
personnes, les effets psychologiques et sociétaux seraient très importants, et les coûts associés pourraient représenter jusqu’à 40% du coût total de l’accident.
Les autres coûts sont plus diffus et sont répartis sur l’ensemble des activités du pays ; on pourrait les
qualifier « d’économiques ». Ils comprennent principalement les coûts d’image (par exemple la perte de revenus liés au tourisme, ou à la baisse des exportations de certains produits pourtant
non contaminés) et les coûts liés à la production d’électricité. Les coûts d’image pourraient dépasser plus de 160 milliards d’euros, soit autant que les coûts radiologiques. La couverture
médiatique rendrait les problèmes d’image plus aigus dans l’immédiate après-crise, mais aussi chaque année aux dates anniversaires, entraînant la persistance des difficultés pour les activités
économiques et humaines concernées et pour les revenus des personnes qui en vivent.
Au total, un accident majeur pourrait coûter plus de 400 milliards
d’euros, soit plus de 20 % du PIB français annuel. Le pays serait durablement et fortement traumatisé, car deux impacts se combineraient : il faudrait faire face
simultanément à des conséquences radiologiques sévères sur une partie du territoire, et à de très lourdes pertes économiques, sociétales, ayant des conséquences internationales. L’Union
Européenne serait affectée, et l’histoire garderait pendant longtemps la mémoire de la catastrophe.
Bien entendu, ces évaluations très élevées du coût d’un accident nucléaire sont à mettre en regard de probabilités
très faibles d’occurrence de tels évènements, grâce à la compétence des opérateurs dans les centrales nucléaires et à un effort permanent de maintien et d’amélioration de la sûreté des
installations. De manière générale, l’intérêt de disposer de telles études n’est pas seulement de mieux connaître quel pourrait être le coût vraisemblable d’un tel type d’accident, mais surtout
d’en tirer parti pour valider les modalités de gestion des risques.
Quatre types de considérations notamment peuvent être discutés à la
lumière de ces études :
Elles permettent la mise en regard, sur un plan économique, de
l’investissement exigé d’EDF à la suite des analyses complémentaires de sûreté post-Fukushima, d’un montant qui pourrait être de l’ordre de 10 milliards d’euros et des évaluations
menées dans les études économiques menées. Cette mise en regard peut même être précisée en y ajoutant l’éclairage des objectifs généraux de sûreté usuellement attribués aux réacteurs en termes
de probabilité de fusion du coeur.
Elles soulignent l’importance de disposer d’une capacité robuste de
gestion de crise.Tout d’abord, l’écart considérable de l’ordre de grandeur des coûts entre un accident grave avec des rejets maîtrisés et limités d’une part, et un accident majeur avec des
rejets incontrôlés précoces invite aussi à recommander les investissements évoqués ci-dessus (principe du « noyau dur » défini par l’IRSN suite à l’accident de Fukushima, destiné à conserver le
contrôle des fonctions ultimes de sûreté d’un réacteur, même dans des conditions très dégradées). Au delà, ces résultats invitent également à considérer comme prioritaire la préparation à la
gestion de tels évènements et de leurs conséquences post-accidentelles qui, bien que très improbables, pourraient néanmoins survenir sur le territoire national. En effet, la gestion de la phase d’urgence de l’accident est cruciale puisqu’elle vise à l’adoption de mesures de
conduite de l’installation destinées à prévenir la fusion du coeur, retarder et limiter les rejets radioactifs dans l’environnement. Pendant et après la phase de rejets, la gestion de
l’accident vise à assurer la protection des populations par des mesures de sécurité civile appropriées, puis à maîtriser l’impact radiologique sur les productions agricoles et les autres
activités économiques impactées. La qualité de ces mesures de gestion, et de la communication publique associée est un paramètre majeur, qui influe
considérablement sur le coût global de l’accident. C’est ce que vise notamment l’élaboration d’éléments de doctrine pour la gestion de la situation post-accidentelle (travaux du CODIRPA
conduits par l’ASN avec un ensemble d’administrations et de parties prenantes concernées). L’IRSN pour sa part a rénové sa propre structure de gestion de crise. Cependant, la nécessaire
préparation préalable au niveau des territoires reste un défi du fait de la réticence de nombreux acteurs locaux à aborder ce thème. Au Royaume-Uni, le développement de l’initiative dite « UK
resilience policy » destinée à développer la capacité locale à surmonter une situation de crise est une expérience intéressante à suivre.
Elles renouvellent la question de l’indemnisation des
dommages. Historiquement, la doctrine relative à l’indemnisation des dommages associés à un accident nucléaire, largement forgée par les Etats-Unis et codifiée dans des traités
internationaux, limite la responsabilité des opérateurs nucléaires sans prendre en compte les coûts environnementaux. A la suite de l’accident de Fukushima, une réflexion internationale
complémentaire serait utile. Elle pourrait avoir lieu notamment dans le cadre de l’Agence pour l’Énergie Nucléaire de l’OCDE, et les études menées par l’IRSN contribueront à éclairer cette
problématique.
Elles éclairent l’avenir à long terme du nucléaire. Ces
études fournissent enfin un éclairage complémentaire pour la discussion relative à l’avenir à plus long terme du recours à l’énergie électronucléaire. L’importance des coûts d’accidents milite
en effet pour la mise au point de nouveaux types de réacteurs qui non seulement présentent des probabilités plus faibles qu’aujourd’hui de causer un accident grave, mais permettraient aussi de
par leur conception d’arriver à une « élimination pratique » de ce type de scénario accidentel conduisant à des rejets très importants.
Pour en savoir plus
Lire l'article de Patrick Momal et Ludivine Pascucci-Cahen publié à l'occasion du Forum Eurosafe de novembre 2012
:
3- Une baisse
des valeurs foncières peut aussi être calculée, ainsi que des hausses ponctuelles de prix de l’électricité, effet de marché immédiat et local de la disparition du réacteur
accidenté.
4- Valeur
médiane estimée de l’ordre de 3 500, entre 0 et 10 000 selon les sites et les météos plus ou moins favorables.
5- Les
zones d’exclusion sont ici considérées comme correspondant aux zones contaminées en césium 137 à des niveaux supérieurs à environ 500 kBq/m² (niveau retenu pour la définition des zones
d’exclusion en Ukraine après l’accident de Tchernobyl). Les zones d’exclusion autour de la centrale de Fukushima-Daiichi, définies à partir d’un niveau admissible de dose, correspondent à des
niveaux de radioactivité similaires. Le chiffre de 100 000 réfugiés correspond à la moyenne arrondie des calculs médians pour trois différents sites français.
Malgré des situations
contrastées et certains constructeurs en perte de vitesse, éoliennes et centrales solaires ont affiché des taux de croissance spectaculaires en 2012, selon des chiffres publiés lundi, avec des
capacités mondiales de moins en moins anecdotiques.
En 2012, le parc de panneaux
photovoltaïques installé à travers le monde a dépassé pour la première fois les 100 gigawatts. Soit l'équivalent à pleine puissance de la totalité des centrales électriques françaises ou de ce
que produisent sur l'année 16 centrales nucléaires ou thermiques d'un gigawatt.
Malgré les difficultés d'industriels confrontés à la baisse du prix des panneaux, la crise économique et des aides publiques souvent
réduites, la croissance est restée très forte: +42%, avec 30 gigawatts de panneaux solaires supplémentaires sur un an.
«Nous avons presque réussi à répéter l'année record de 2011», où un gigawatt de plus avait été inauguré, s'est réjoui Winfried
Hoffmann, le patron de l'Association européenne de l'industrie photovoltaïque (Epia) qui publie ces chiffres.
Comme dans d'autres domaines, un coup de frein a été observé en Europe. Le Vieux Continent est resté le premier marché mondial du
photovoltaïque, avec 17 gigawatts installés, dont 7,6 GW pour la seule Allemagne. Mais le total marque un net recul par rapport aux 23 gigawatts de 2011.
Heureusement pour les industriels, le reste du monde a presque tout compensé, passant à 13 gigawatts en 2012 contre 8 gigawatts en
2011, avec la Chine, les Etats-Unis et le Japon ayant des installations voisines des 3 gigawatts.
Selon une récente étude du cabinet IHS, le marché mondial du photovoltaïque pesait plus de 57 milliards d'euros l'an passé, même si la
hausse des volumes n'a pas permis de compenser la chute brutale des prix des panneaux, avec une contraction en valeur de 18%.
Trois fois plus d'éolien qu'il y a cinq ans
Quant à l'éolien, après trois années moroses de quasi stagnation des volumes installés autour de 40 gigawatts, l'année 2012 a marqué
une bonne reprise, avec 44,7 gigawatts (+18% sur un an). Soit plus de 22.000 éoliennes si l'on ramène le chiffre à une turbine de taille moyenne (2 mégawatts).
La puissance éolienne mondiale, de 282 gigawatts, est désormais trois fois supérieure à ce qu'elle était il y a cinq ans et représente
neuf fois son niveau d'il y a dix ans, selon les statistiques du Conseil mondial pour l'énergie éolienne (GWEC), une association professionnelle.
Soit à pleine puissance l'équivalent de 175 réacteurs nucléaires EPR et si l'on prend en compte l'intermittence des éoliennes,
la production électrique annuelle d'une soixantaine d'entre eux.
Les installations de nouvelles éoliennes viennent quasi exclusivement de trois zones: la Chine (30% de la nouvelle capacité, avec 13,2
gigawatts), devant les Etats-Unis (29%, 13,1 GW) et l'Union européenne (26%, 11,6 GW). Suivent l'Inde (5%, 2,3 GW), le Brésil (2,4%, 1,1 GW) et le Canada (2,1%, 0,9 GW), selon le GWEC.
Si les géants chinois et indien ont vu leur croissance éolienne s'essouffler légèrement, l'Europe et surtout les Etats-Unis ont connu
globalement des bonnes années.
Outre-Atlantique, les installateurs ont longtemps cru que des mesures de soutien public ne seraient pas renouvelées. Du coup, ils se
sont dépêchés d'achever leurs projets, un effet d'aubaine qui a tiré les constructeurs d'éoliennes, en premier lieu le champion national General Electric (GE).
Conséquence: le Danois Vestas, numéro un mondial de façon ininterrompue depuis 2000, a perdu sa première place au profit de GE, selon
une étude encore préliminaire du cabinet spécialisé Navigant.
Au classement mondial 2012, les
Allemands Siemens (3e) et Enercon (4e) font leur retour dans le top 5, selon Navigant. Suivent l'Indien Suzlon, cinquième, tandis que quatre Chinois (Goldwind, United Power, Sinovel et Myngiang)
figurent dans la deuxième moitié du top 10.
Ce reportage est vraiment déplacé, le journaliste s'est fait manipuler. La vérité et les fautifs de
ces problèmes ne sont pas les professionnels du solaire mais l'état et le lobby nucléaire. La présence de l'ancienne PDG d'AREVA, Mme Lauvergeon, sur le plateau d'Envoyé Spécial donne une
indication du commanditaire de ce sujet à charge.
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Le journaliste aurait fait un travail de qualité s'il avait expliqué les raisons des incendies des
panneaux photovoltaïques et les raisons des disparitions subites des professionnels du solaire, laissant des milliers d'installations non achevées et sans maintenance.
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La faute en revient en fait à l'invité Mme Lauvergeon et à toute l'industrie nucléaire française
qui excellent dans le lobbying auprès des gouvernements avec l'appui des grands corps d'état friands des énergies centralisés qu'ils peuvent contrôler.
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1 - Les panneaux photovoltaïques prennent feu et continueront à prendre feu parce que la France est
le seul pays au monde à imposer l'intégration au bâti qui empêche un bonne ventilation des panneaux (mesure inventée pour justement arriver au résultat que vous dénoncez et continuer à polluer
notre pays avec le nucléaire). Connaissez vous d'autres pays ou les panneaux chauffent et s'enflamment ???
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2 - 20 000 professionnels du solaire ont perdu leurs emplois du jour au lendemain suite au
moratoire et à un tas de nouvelles barrières administratives décidées pour limiter le développement des énergies renouvelables en France après la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a sonné le
glas du nucléaire dans le monde, contraignant ainsi l'industrie nucléaire française, EDF et AREVA, à se replier sur leur marché intérieur. La longue agonie de la filière des énergies
renouvelables françaises se poursuit depuis cette date.
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Heureusement, qu'il arrive aussi à France Télévision de réaliser d'excellent reportage comme
"Uranium : Le scandale de la France contaminée" mais diffusé dans Pièces à conviction sur FR3 que Mme Lauvergeon, justement à la tête d'AREVA, avait essayé d'interdire.
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Un vrai scandale qu'il faudrait diffuser sur Envoyé Spécial à une heure de grande écoute avec un
concurrent du nucléaire sur le plateau comme avec Mme Lauvergeon d'AREVA dans "Energies vertes, l'envers du décor, trois ans après"
Aux lecteurs de cet article, dépêchez vous de regarder le lien de la vidéo de Pièces à conviction
"Uranium : le scandale de la France contaminée" car elle disparait régulièrement de YouTube ou d'autres sites internet. C'est surprenant, on se demande bien pourquoi ???
Au lendemain de Fukushima, France 2 et Envoyé Spécial a profité de la catastrophe japonaise pour
oser dévoiler certaines vérités sur le nucléaire en France mais depuis l'omerta a recommencé et les énergies renouvelables, concurrentes, propres et durables sont montrés du doigt...
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Envoyé spécial (France 2) Décryptage d'une
désinformation pronucléaire : Par Stéphane Lhomme
Souvent pertinente, l'émission de reportages Envoyé spécial a sérieusement dérapé samedi 9 février 2013
sur la question des énergies renouvelables, tout en permettant à Anne Lauvergeon de promouvoir l'atome sans contradiction, en occultant Fukushima et en oubliant d'évoquer l'importation de
l'uranium "français" depuis le Niger, avec otages et guerre au Mali à la clé. Cela fait beaucoup.
Envoyé spécial est une émission de reportages qui, depuis 1990 a souvent fait honneur à sa mission
d'information. Ce ne fut pourtant pas le cas, loin de là, samedi 9 février 2013, sur le thème "Énergies vertes, l'envers du décor, trois ans après" (*).
L'émission se composait d'un reportage consacré aux déconvenues rencontrées par des particuliers ayant acheté une
éolienne ou des panneaux solaires, puis de l'interview en plateau d'Anne Lauvergeon, fer de lance du lobby nucléaire en France, invitée s'exprimer sur le thème de la "transition
énergétique".
Le premier "bug" de cette émission sautait immédiatement aux yeux : on ne peut illustrer correctement une
problématique globale, macro-économique voire même géopolitique, par de petits tracas domestiques (même si ces derniers sont bien réels et problématiques pour les personnes concernées, la
question n'était pas là).
D'ailleurs, après s'être longuement fait "infliger" les misères rencontrées par des particuliers, le
téléspectateur arrivait inévitablement à la conclusion que les énergies renouvelables ne fonctionnent pas, voire même qu'il s'agit d'une belle arnaque. Les commentateurs n'ont même pas eu besoin
d'asséner "Heureusement qu'on a le nucléaire", cela ressortait comme une évidence d'autant qu'arrivait alors en plateau Anne Lauvergeon, grande prêtresse de
l'atome.
Cette dernière a eu d'autant mois de mal à ramasser la mise que la journaliste Lise Joly n'avait de toute
évidence pas préparé son émission. Dans le cas inverse, elle aurait pu informer les téléspectateurs que, sur Terre, les énergies renouvelables produisent plus de deux fois plus d'électricité que
le nucléaire (**). Que la part du nucléaire dans l'électricité mondiale s'est effondrée de 17% (2001) à 11% (2011), alors que celle des énergies renouvelables est au contraire en augmentation
continuelle et a dépassé les 20% !
Mme Joly aurait pu faire savoir que l'hydroélectricité représente à ce jour les ¾ de cette production
renouvelable, mais que l'énergie éolienne a tellement progressé que, désormais, EDF est parfois obligée d'arrêter des réacteurs nucléaires tant la production venue d'Allemagne est massive et peu
chère (cela va avec, par le jeu de l'offre et de la demande).
Loin de donner aux téléspectateurs ces informations cruciales, la journaliste a déroulé le tapis radioactif pour
Anne Lauvergeon en lui demandant "Les énergies renouvelables, c'est du gadget ?". Un gadget qui produit deux fois plus que le nucléaire !
Anne Lauvergeon s'est bien sûr gardée de toute rectification et a profité du boulevard qui lui était
offert : "Gadget non, mais on voit bien qu'il y a des gens qui rêvent et qui sont les victimes de ceux qui en profitent".
Une fois le discrédit jeté de façon totalement trompeuse sur le "rêve" des énergies renouvelables, Mme Joly a
enchaîné sur la fameuse "transition énergétique" et l'annonce par M Hollande de faire baisser de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité en France.
Volontairement ou non, téléspectateur était clairement poussé à se dire : "Ce n'est vraiment pas
raisonnable de réduire la part du nucléaire alors que, comme cela vient d'être "démontré", les énergies renouvelables sont si peu fiables".
Laissant supposer qu'elle était partisane de l'atome, Lise Joly a insisté lourdement : "La
décision de baisser la part du nucléaire en France jette une forme de discrédit sur le nucléaire alors que c'est une industrie dans laquelle nous sommes numéro un mondial".
Numéro un mondial ? Les USA ont deux fois plus de réacteurs, la Chine en construit plus, le réacteur
français EPR est rejeté de partout (Émirats, Italie, USA, Tchéquie, probablement sous peu Grande-Bretagne, etc) et les deux chantiers menés par EDF (à Flamanville) et Areva (en Finlande)
rivalisent de retards (11 ans au lieu de 4 !) et de surcoûts (9 milliard au lieu de 3 !).
Ces données très significatives étaient facilement accessibles pour Mme Joly à condition de prendre quelques
minutes de préparation, mais elle est hélas restée au niveau des idées reçues. En réalité, si la France est "numéro un mondial du nucléaire", c'est dans les surcoûts et la production de déchets
radioactifs
A nouveau, on s'en doute, Anne Lauvergeon a profité du boulevard qui lui était si généreusement offert, en
attribuant au nucléaire diverses qualités parfaitement contestables mais personne n'était là pour les contester.
Mme Lauvergeon a même pu se faire passer pour une personne de haute moralité en affirmant s'être opposée à
l'exportation de réacteurs nucléaires vers la Libye de Kadhafi. Elle a bien sûr oublié de signaler que durant son mandat à la tête d'Areva, elle avait sans état d'âme travaillé avec certains des
pires dictateurs, des dirigeants chinois (dont on finirait presque par oublier, PIB oblige, que ce sont des tyrans) au tortionnaire Kazakh Nazarbaev. Mme Joly n'avait donc rien à dire sur la
question ?
Lors de leur aimable discussion en plateau, les deux dames ont d'ailleurs réussi l'exploit d'occulter totalement
deux éléments pourtant cruciaux et d'une actualité brûlante, surtout lorsqu'il s'agit de parler d'énergie : la catastrophe de Fukushima et l'uranium du Niger.
Par rapport aux projets de François Hollande, Mme Joly aurait pu demander à Anne Lauvergeon :
"Est-ce bien raisonnable de garder 50% de nucléaire alors que Fukushima a prouvé qu'une catastrophe nucléaire pouvait arriver dans un pays prétendument de haute
technologie ?"
Mme Joly aurait aussi pu rappeler que la France importe 100% de son uranium, en particulier du Niger où des
salariés d'Areva ont été enlevés - pendant le mandat d'Anne Lauvergeon et sont toujours retenus en otages depuis.
Et justement, mais cela relève de toute évidence du rêve, la journaliste aurait pu demander à son invitée si, par
hasard, l'intervention militaire de la France au Mali ne s'expliquait pas entre autre par la proximité des mines d'uranium d'Areva.
Pour finir, revenons aux cas de certains particuliers qui ont connu des déboires après avoir acheté une éolienne
ou des panneaux photovoltaïques. Envoyé spécial est à nouveau défaillant dans sa mission d'information en n'évoquant à aucun moment les vraies causes de ces problèmes.
En effet, pourquoi risque-t-on de se faire "arnaquer" quand on veut s'équiper en énergies renouvelables ?
Tout simplement parce que l'État français a choisi d'imposer l'atome, et a de fait délibérément délaissé les énergies renouvelables.
Si EDF était encore un vrai service public, et qu'une de ses missions était le développement des énergies
renouvelables, les particuliers auraient un interlocuteur fiable et compétent, et ne risqueraient pas de se faire gruger par des escrocs dont les sociétés disparaissent en un clin d'il,
contrairement à EDF.
Mais, de ces questions de fond, il n'en a jamais été question au cours de cette piètre émission qui a donné le
sentiment d'une véritable opération de désinformation en faveur de l'atome. Il était alors bien tentant de considérer comme révélateur le lapsus final de Mme Joly : "Les
association de défense contre l'environnement". On ne saurait mieux dire
(**) En 2010, selon l'Agence internationale de l'énergie, peu soupçonnable d'activisme antinucléaire (bien au
contraire), le nucléaire produisait 12,9% de l'électricité mondiale, les renouvelables 19,7% (cf http://www.iea.org/publications/freepublications/publication/kwes.pdf , page 24). Depuis, il y a eu Fukushima, et une baisse
brutale de la production nucléaire (50 réacteurs arrêtés au Japon, 8 en Allemagne, et quelques autres ici ou là : cuves fissurées en Belgique, pièces non-conformes en Corée du Sud, etc). La
part du nucléaire est tombée à 11% en 2011 et probablement à moins de 10% en 2012 (les chiffres sont attendus avec impatience). Pendant, ce temps, les énergies renouvelables ont continué leur
progression.
La cour des Comptes estime dans son rapport annuel publié que les salariés d'EDF, groupe
contrôlé par l'Etat, bénéficient d'avantages et de salaires généreux, sans lien évident avec la performance de l'entreprise.
L'AFP a pu consulter samedi une partie du rapport annuel qui sera rendu public mardi
consacrée à l'entreprise publique et portant sur la période 2005-2011, également évoquée par le journal Le Monde.
"Les salariés du groupe EDF, contrairement aux salariés du secteur privé, n'ont pas subi
de ralentissement du rythme de progression de leur rémunération globale depuis 2008, en dépit des résultats contrastés d'EDF", estiment les magistrats, rappelant les performances moyennes ou
mauvaises de nombreux paramètres financiers du groupe, comme le chiffre d'affaires, l'endettement ou la valeur de l'action.
Les dirigeants sont aussi critiqués, la Cour jugeant leurs rémunérations "en forte
augmentation jusque récemment".
Elle pointe en outre les "nombreux avantages liés à l'emploi" pour les salariés, comme
des tarifs avantageux ou des abonnements gratuits.
Les Sages formulent donc plusieurs recommandations, notamment de rendre plus ambitieux
les objectifs donnant droit à une rémunération variable, ou encore de revenir sur certains avantages liés au tarif préférentiel d'électricité pour les agents.
Dans ses réponses, le groupe estime que "le plupart" des avantages dont bénéficient ses
salariés "ne sont pas si éloignés de ce qui se pratique ailleurs, dans d'autres entreprises françaises", et que l'augmentation des rémunérations des dirigeants a été nécessaire pour préserver
les ressources humaines dans un contexte de concurrence.
La Cour s?intéresse aussi au système des concessions de distribution d'électricité à ERDF
par les collectivités locales, un système "fragilisé" par les incertitudes quant au maintien du monopole d'ERDF dans la distribution et par l'augmentation des productions alternatives
"décentralisées" à cause du développement des énergies renouvelables.
Elle recommande de s'interroger sur "l'évolution du modèle de la distribution
d'électricité", évoquant notamment "l'existence d'un fort besoin d'investissement", et critiquant la "coordination insuffisante" des investissements des collectivités territoriales.
En 2005, le régime spécial de la retraite d’EDF, très privilégié, a été intégré au régime des salariés du
privé, la CNAV.
Cette intégration n’a été acceptée qu’à la condition expresse qu’EDF verse une indemnité à la CNAV pour compenser le
fait qu’elle mettait à la charge de la caisse des salariés, les prestations retraite incroyablement avantageuses de ses agents et un nombre de cotisants par pensionné particulièrement
faible.
L’opération était censée être financièrement neutre pour la CNAV.
La cour des comptes a récemment révélé que l’indemnité versée par EDF à la CNAV avait été mal calculée. Tous les ans,
les retraites versées aux agents EDF coûtent à la CNAV plus qu’elle n’a reçu en compensation :
Au bout de 7 ans, il manquait déjà 1,3 milliard d’euros dans les caisses de la CNAV.
Qui osera nous faire croire qu’il s’agit d’une « erreur » de calcul ? On nous a menti. On nous a
trahis.
Tout ça pour ne pas affronter les syndicats. Tout ça pour éviter de demander aux agents EDF de renoncer à une partie de
leurs avantages retraite exorbitants.
Regardez ce que vous et moi et tous les affiliés à la CNAV leur payons avec
NOS cotisations :
- des départs à la retraite dès 55 ans pour les « actifs », et même 50 ans pour certains
d’entre eux. La réforme en cours, qui ne s’appliquera pour eux qu’en 2023, portera ces âges à 57 et 52 ans. En clair, ces agents continueront à partir 5 à 10 ans avant tout le monde…
- des niveaux de retraite garantis entre 75 et 80% de leur dernier salaire…
- un montant de pension calculé sur les 6 derniers mois de carrière, contre 25 années, voire la
carrière entière dans le privé pour ce qui est des retraites complémentaires…
Des avantages inouïs comparés aux retraites du privé qui tournent à la peau de chagrin, pour une durée de cotisation de
plus en plus longue.
C’est vraiment scandaleux !
Les responsables de cette situation, ce sont les dirigeants politiques qui, main dans la main avec la direction d’EDF,
se sont débarrassés du problème du régime spécial d’EDF, en prétendant que l’intégration de ce régime dans la caisse des salariés du privé n’aggraverait pas la situation financière de la
CNAV.
Depuis des années, nous faisons des sacrifices, nous les cotisants et retraités du privé :
- allongement de 10 à 25 ans de la période de prise en compte pour le calcul de la
retraite
- indexation des pensions sur les prix au lieu des salaires
- diminution du montant de la retraite par rapport au dernier revenu d’activité,
- allongement de la durée de cotisation…
Malgré tous ces sacrifices, la CNAV s’enfonce dramatiquement dans le rouge - 9 milliards de déficit - ce qui rend
toujours plus incertain l’avenir de nos retraites.
Que les hommes politiques osent, une nouvelle fois, venir ponctionner la caisse des salariés du privé pour assurer le
maintien des avantages retraite des agents EDF, est irresponsable.
D’autant plus que nous allons être doublement pénalisés :
En plus, du pillage ahurissant de la caisse de retraite des salariés du privé, nos impôts vont augmenter pour
financer les pensions des retraités EDF !!!
Depuis 2005, nous payons tous la « CTA », une taxe sur la consommation électrique, spécialement créée pour
financer les avantages retraite des agents d’EDF.
Bien entendu, au bout de 7 ans, on se rend compte que le coût de ces avantages a fortement augmenté et que cette taxe
n’est déjà plus suffisante.
Est-il envisagé de réduire les avantages retraite chez EDF ? pas du tout !
C’est tellement plus simple de nous
obliger à payer ! C’est ce qu’ils vont faire en augmentant la taxe que nous réglons sur notre facture d’électricité.
Depuis 2004 une instruction est ouverte pour abus de confiance, escroquerie, faux et usage de faux,
contre le CE d’EDF, lui-même noyauté depuis 1947 par la CGT. Des détournements auraient servi à alimenter le financement de la CGT et du Parti Communiste…
Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a été entendu le mercredi 19 juillet 2005 par la brigade financière de
Paris, dans le cadre de l’instruction sur les comptes et la gestion du comité d’entreprise d’EDF.
La CGT est majoritaire au conseil d’administration de la caisse centrale d’activités sociales (CCAS) des industries électriques et
gazières, émanation du CE, depuis sa création en janvier 1947 et y fait la pluie et le beau temps sans contrôle réel.La direction de la CGT n’a pas souhaité s’exprimer sur le
sujet.
Le 22 juin 2006, Bernard Thibault, avait pourtant démenti avoir été convoqué par le juge chargé de l’instruction sur de présumées
malversations au comité d’entreprise d’EDF, comme l’affirmait Le Parisien.
Le quotidien avait mis l’audition de M. Thibault en relation avec l’information judiciaire ouverte en 2004 sur la gestion du
richissime comité d’entreprise de d’EDF-GDF, doté d’un budget annuel de 400 millions d’euros et employant quelque 5.000 salariés, financé par 1% du Chiffre d’Affaires, c’est-à-dire par tous
les consommateurs d’électricité. La gestion de la CCAS fait l’objet d’une information judiciaire contre X pour « abus de confiance, escroquerie, faux et usage de faux » ouverte en
février 2004 après une plainte d’un cadre EDF. Sont visées des pratiques présumées d’emplois fictifs, des prestations surfacturées de fournitures et services tels que location de voiture,
prestations de restauration et autres, non destinées aux électriciens
En fait, le comité d’entreprise d’EDF serait devenu, au fil des ans, une source de financement de la CGT et du Parti
communiste, ainsi que le détaillent avec d’édifiantes révélations, Laurence de Charette et Marie-Christine Tabet dans leur livre, « EDF, un scandale français ». Dès la fin des années
1940, en pleine guerre froide, les premières accusations de détournement de fonds du CCAS à l’attention de la CGT et du Parti communiste planent sur les oeuvres sociales d’EDF.
Robert Bailly fut un proche collaborateur d’Henri Maupoil, l’un des dirigeants de la fédération Energie entre 1975 et 1985. Pendant
des années, il fut l’homme à tout faire de la Fédé. Aujourd’hui à la retraite Robert Bailly affirme que la CCAS a toujours servi de base arrière au PCF et à la CGT. Il se souvient de ce jour
de 1977 où le PC avait sollicité la Fédération pour une aide financière aux grévistes de Manufrance, trois millions de francs de l’époque, qui furent, bien sûr, réglés par le CCAS sans
sourciller.
Robert Bailly se souvient des chèques qu’il déposait au Novotel de Pantin : « Je passais les chercher directement à la CCAS et
je réglais les notes des délégations venues de l’Est invitées. »
Voilà le premier scandale d’EDF.
Un autre sujet scabreux est celui des retraites dorées des salariés d’EDF, dont la provision dans les comptes,
indispensable pour ouvrir le capital, auraient mis en faillite l’entreprise. Alors le gouvernement a décidé en 2004 d’adosser ces retraites au régime général (Sécu, Agirc). Les retraites
dorées des électriciens sont donc maintenant payées par tous les Français. Il se dit même qu’un deal avait été passé à l’époque entre Sarkozy, ministre de l’économie, et la CGT, du genre :
« Laisse-moi changer le statut d’EDF pour ouvrir le capital et je ne touche ni à la CCAS ni aux retraites. »
Les récentes déclarations de M. Montebourg ainsi que de Delphine Batho sur le nucléaire comme sur
les énergies renouvelables, laissent songeur...
Non pas tant à propos de leur volonté d’affirmer que le nucléaire reste une énergie d’avenir.
Après tout, nous pouvions nous attendre à ce que les politiques tentent de promouvoir l’industrie nucléaire française. Mais surtout, parce que la vision de nos ministres de l’avenir et de
l’intérêt des énergies renouvelables semble tout aussi pauvre que celle du précédent gouvernement.
Ainsi nos énergies renouvelables sont présentées une enième fois comme :
- Premièrement, une source de surcoûts dangereuse pour la France et les consommateurs
- Deuxièmement, en ce qui concerne plus particulièrement le solaire, une source de déficit commercial dû à un dumping chinois inacceptable.
Ces deux propositions, à bien des égards contradictoires démontrent malheureusement que nos
gouvernants n’ont rien compris de la transition énergétique.
Les malheureuses tentatives de réguler les prix de l’essence en sont du reste la parfaite
illustration : il est absolument illusoire de tenter de maintenir des prix qui ne cesseront d’augmenter dans les années et décennies qui viennent, du fait de leur rareté croissante.
Il faut dire la vérité aux français : l’énergie sera plus chère, qu’elle soit d’origine
fossile ou nucléaire.
Pour ce qui concerne le fossile je ne m’attarderai pas sur cette évidence.
Pour le nucléaire, comparé aux énergies renouvelables, nous sommes face à deux énergies dont les
dynamiques sont totalement contraires :
D’un côté, l’on s’aperçoit que le coût du nucléaire ne cesse d’augmenter et que remplacer nos
centrales nucléaires par des centrales de nouvelle génération entraînerait, outre un rejet probablement massif des riverains, des surcoûts d’un facteur d’ordre 2 de l’électricité actuellement
payée par les consommateurs, sans compter que la raréfaction des ressources d’uranium (50 à 80 ans de réserves seulement) entraînera une hausse régulière de cette même électricité.
De l’autre côté, les énergies renouvelables ne cessent de baisser, pour le solaire, grâce aux
chinois et à leur dumping s’il est réel (et tant mieux) et nous permettent à la fois d’envisager une compétitivité rapide (dans moins de 2 ans pour les centrales au sol), une dépendance nulle
vis-à-vis des ressources d’uranium ou d’hydrocarbures, et un contenu en emplois non délocalisables 5 à 10 fois plus important que celui du nucléaire.
Les chinois ne se sont pas trompés sur l’avenir de la filière solaire. Ceci explique sans aucun
doute leur dynamisme dans la production de panneaux solaires. Leur défense vis-à-vis des nombreuses attaques de l’industrie européenne dont ils sont l’objet est également intéressante et nos
gouvernants devraient s’y attarder quelque peu : dans un article intéressant du Figaro Economie, il est rappelé que les panneaux ne représentent plus que 25 à 30% du coût d’une centrale, les 70%
restants étant non délocalisables. Il est également rappelé que les panneaux chinois sont fabriqués grâce à des machines outils françaises et allemandes…
Quant à la tentative dérisoire de nos gouvernants de comprendre, à travers une enième commission
adhoc, pourquoi l’industrie française produit si peu de panneaux solaires, elle démontre encore l’incroyable décalage de nos gouvernants face aux réalités de la mondialisation et l’incroyable
pouvoir de nos poussiéreux corps d’état.
Angela Merkel a pourtant bien compris que l’industrie solaire sera asiatique et balayera presque
tous les européens. Lorsque l’on réalise à quelle vitesse nos chinois sont capables de concevoir et mettre en route une usine de panneaux, on a compris qu’il n’est pas possible de lutter contre
eux, non pas tant pour des raisons de coût que des raisons d’efficacité et de rapidité.
Dès lors nos Photowatt, Fonroche, Auversun, et divers producteurs de panneaux n’ont, malgré leurs
approvisionnements asiatiques en cellules photovoltaïques, strictement aucune chance de rester dans une telle course qui se joue désormais en Formule 1 et non en 2CV franchouillarde
sympathique.
Ainsi, voilà la révolution verte des énergies renouvelables sacrifiée sur l’autel du
lobby nucléaire et du poids des systèmes politiques convertis aux grandes industries du CAC 40.
Bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a fort à parier que Delphine Batho nous ponde les jours
prochains soit une commission nouvelle destinée à étudier le potentiel des énergies renouvelables en France, soit directement une annonce dont le contenu a déjà été écrit par ses prédécesseurs :
« le solaire est trop coûteux; il dégrade la balance commerciale à cause des importations chinoises; les chinois font du dumping et ce n’est pas bien; nous n’avons pas de champion national; nos
objectifs à 5 400 MWc seront bientôt atteints; les tarifs sont trop élevés et il faut les diminuer ».
La réalité est pourtant la suivante : les rythmes annuels d’installations solaires en France se
sont effondrés de près de 80% au second semestre 2012 par rapport au rythme des 12 derniers mois et la plupart des installateurs sont exsangues.
La filière solaire comme éolienne a besoin d’un schéma directeur ambitieux, et de mécanismes
simples, stables et pérennes dans le temps. Sous ces conditions, ce sont des milliers de PME qui créeront les infrastructures énergétiques renouvelables de demain et les dizaines de milliers
d’emplois associés. Ce faisant, elles permettront à la France non seulement de créer un tissu industriel dynamique mais aussi et surtout d’accéder à une indépendance énergétique croissante au
contraire des solutions à base d’hydrocarbures ou d’uranium. Ce sont elles qui créeront les réseaux intelligents de demain et développeront les solutions de stockage d’électricité.
Enfin il faut reconnaître qu’elles perturberont les grands acteurs établis (Total, EDF, Areva)
car feront évoluer leurs business modèles et affaibliront leur mainmise sur le système énergétique national.
Article Antoine Nogier, Polytehnique, Président Fondateur de Sun'R
Parce que la transition énergétique permet la création de nombreux emplois non délocalisables, il est indispensable de
mettre en place l'infrastructure nécessaire pour l'enclencher, en luttant contre l'industrie nucléaire et sa propagande qui freine le déploiement des énergies renouvelables en France.